Folie's

Posté par ORchea le 23/04/2008 à 21h22

Mon premier contact avec la folie remonte à ma plus petite enfance. Pour moi, il  y avait alors 4 catégories de personnes: les normaux-totalement dénués d'intérêt-, les monstres de la nuit-affreuses créatures sombres et malveillantes-, les pervers sexuels-passage abrupte dans un monde de brutes-et les fous. Les fous , j'en ai connu 3 dans ma vie.
Le premier était un homme que j'avais surpris à courir tout nu dans la rue. Il s'était évadé d'un hôpital psychiatrique à ce qu'on m'avait dit. J'avais trouvé cette image surréaliste d'un homme courant nu comme un ver, un apollon fuyant un monde auquel il ne pensait appartenir et dans lequel pourtant on le condamnait à vivre. Il n' y avait rien de pervers dans cette image, je n'étais ni choquée, ni effrayée. Sa nudité ne m'avait pas traumatisée, tout comme une sculpture, je la voyait d'un oeil artistique. Ce n'était pas un monstre de la nuit, encore moins un pervers sexuel et je ne pouvais résolument pas le traiter de « normal »; pour moi, c'était donc un fou.
Il y avait ensuite eu cet homme au turban, dont les enfants de mon quartier guettaient  impatiemment le passage, cachés derrière un arbre ou un mur. On le regardait comme une bête curieuse, on se moquait de lui, parfois même, on lui jetait des pierres de manière très amicale; ce à quoi il répondait en proférant des injures qu'on ne cherchait pas vraiment à comprendre car c'était certainement le langage des fous. C'était notre distraction, notre mascotte, probablement la seule personne que l'on traitait comme un enfant: c'était notre vengeance enfantine contre le monde des adultes.
Mon troisième fou était un homme obèse qui passait ses journées à regarder défiler les voitures dans un carrefour très fréquenté avec une bouteille de coca sous le bras. Il avait quelque chose de péniblement touchant et je ne l'aurais probablement pas mis dans la catégorie « fou » si je ne l'avais surpris quelques fois au milieu des voitures faisant des gestes  « diagonaux ». Rien de pervers, rien d'effrayant, rien de normal. Evidemment, il devait être fou.
Ces personnages représentaient jusqu'à maintenant pour moi la définition même de la folie: comportement inhabituel, inoffensif et burlesque.
Tout comme le fou des échecs et ses déplacements diagonaux, le fou du roi et ses calembours, le fou, imbécile heureux portant un entonnoir sur la tête, nos fous sont sympathiques et rares. On ne les côtoie pas, on les surprend parfois lorsqu'ils ne sont pas cloitrés dans des asiles. Celui qui peut prétendre avoir vu un fou le raconte sur le ton de la fierté comme s'il avait vu une larve du cordélugastre annelé.
Chez nous, on ne devient pas fou, on naît fou, tout comme d'autres naissent blondes ou d'autres encore les pieds plats.

A Paris, la folie n'est pas innée, elle semble naître d'une frustration, se développer et se propager en vous comme une tumeur. La folie est assise à coté de vous dans le métro, vous l'applaudissez et la regardez avec admiration quelques fois sur une place publique, vous la condamnez violemment d'autres fois, il arrive même qu'elle vous laisse indifférent: fesses à l'air, look post-moderne... ça court les rues.
La folie n'est qu'extravagance, exhibition, expression d'une âme emprisonnée dans un corps trop étroit. Elle est aussi révolte contre un consumérisme exacerbé. Le fou est cet homme chantant à tue-tête l'Hymne à l'Amour de Piaf, c'est ce cracheur de feu sorti tout droit de l'imagination de Tolkien, c'est ce jeune ado à la chevelure mi-jaune mi-violet coiffé au sperme de Buffle, c'est cette vieille de 82 ans maquillée comme un camion volé aguichant les hommes dans un quartier de Strasbourg-St-Denis, c'est cette jeune fille gothique perchée sur ses aéroglisseurs, c'est ce type, un Gérard habillé d'un marcel et aux tatouages plus impressionnants que les peintures rupestres des grottes de Lascaux.  Le fou c'est aussi moi chantant d'une manière affectée un air d'opéra lyrique sous un pont près de la Seine.

Paris rend fou ou plutôt Paris sait faire ressortir la folie qui est en chacun de nous. Paris est une toile sur laquelle vous vous laissez aller à vos peintures psychédéliques, Paris est cette main qui vous retire le balai du cul, Paris vous désinhibe, Paris vous inspire, Paris redonne à la folie toute sa dignité, Paris rend la folie Folie, elle la majusculise.
Voilà pourquoi tout le monde à Paris semble fou.

Tags: Folie  Paris  extravagance  fou 



16 commentaires:
Mali dit :

Je ne pense pas que Paris rend fou. Je pense que Paris rend indifférent. Plus rien ne vous choque car souvent vous n'avez pas le temps d'être choquée, ou indignée, ou scandalisée...Il est souvent plus simple de ne pas voir l'autre que de s'arrêter pour essayer de comprendre son comportement. Paris fait porter des oeillères. Paris rend insensible et indifférent. C'est une ville idiote...car elle rend idiots ses habitants.
MALI

posté le 28/06/2008 à 05h01

Mehdi dit :

ça me rappelle mes premiers mois à Paris, et mes folies du Samedi soir dans cette ville, je ne sais pas quoi dire tu as su traduire un aspect que j'aime chez Paris, la folie parisienne....Merthi

posté le 26/05/2008 à 11h56

Megara dit :

Trés beau texte , dans le vecu et le ressenti je m'y retrouve également .
Bravo je ne connaisais pas ce blog , et je fais une decouverte epoustouflante
merci Orchidea

posté le 18/05/2008 à 08h46

Qui©he dit :

:-)

posté le 02/05/2008 à 05h01

Sword dit :

Magnifique texte !! Franchement pour un retour tu as mis la barre trop haute :(

On repertorie plusieurs catégories de folies, mais quand elle s'exprime sous forme plaisante, on la qualifie de génie ou d'art, malheureusement, il n'y a pas pire prison que le conformisme, qui n'est ni plus ni moins qu'une convention implicite partagée par une majorité qui ne fait que mimer et ruminer leurs pseudos acquis ataviques...


posté le 30/04/2008 à 11h56

Nomade dit :

Content de retrouver ces brins de folie sur un de mes blogs préférés :)

posté le 28/04/2008 à 08h20

ORchea dit :

@stupeur: le "foliage"?! trop fort pr moi ce mot ;)
@zemek3ara: oui menich ne9sa hbel ms rahou je ne suis rien comparé à ce que je vois ici! pr le template, merci lui ;)
@h&m: venant de toi, ce compliment me fait vraiment plaisir. heuu inti tu as la folie des 20 ans surtt ne la perds pas ça te va trop bien!
@gattuso: ti chnowa ça y est wallit ta7ki comme les sages? fama temple bouddhique fi soussa? :p

posté le 28/04/2008 à 07h15

Gattuso dit :

rabbi y7abis 3lina 39oulatna !!

posté le 26/04/2008 à 21h48

h&m dit :

putain ça me donne la chair de poule tellement c'est bien écrit !

bizarrement, certains me trouve folle :p ça me surprend quand on me le dit, je me trouve assez conformiste .. chai pas.. ça doit être paris alors :p
il me faut peut être un petit séjour dans un asile :p

posté le 26/04/2008 à 17h51

ze mek3ara dit :

haja okhra, ma7leh le nouveau template, mabrouk alik :)
Merci qui?

posté le 26/04/2008 à 09h36

zemek3ara dit :

mmm ,si j'ai bien compris, paris trod la3bed mhabla.... yakhi enti neksa hbal lol
ma3anha tawa lkite rou7ek fi blastek..contente pr toi :)


posté le 26/04/2008 à 09h34

Stupeur dit :

C'est fou comme la folie te fais fouler le 'foliage' de ton blog.
toujours un plaisir de te lire

posté le 26/04/2008 à 07h40

ORchea dit :

@marou: c'est une composition faites de choses préexistantes. reviens ns vite :)
@gloomk: trop contente de te revoir ici ;)

posté le 24/04/2008 à 18h59

Marou dit :

PS; j'aime beaucoup l'hippocampe aux ailes de papillon bleu c'est de ton invention?

posté le 23/04/2008 à 22h12

Marou dit :

Fichtre qu'est ce que tu me donne envie de revenir !

posté le 23/04/2008 à 22h10

Gloomk dit :

les asiles n'existent que pour faire croire à ceux qui n'y sont pas qu'ils sont sain d'esprit !

content de te voir de retour ;)

posté le 23/04/2008 à 17h58


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