Tout obtenir afin de pouvoir tout mépriser*

Posté par orchea le 07/05/2006 à 05h51

Tout obtenir afin de pouvoir tout mépriser

 

Diriger, gouverner, avoir du pouvoir sur les autres.
Sentir que l’on est suspendu à vos ordres, à l’affût d’un mot, un geste, un regard pour le transformer en action.

Dans un rêve utopique et par une matinée glorieuse, j’ai accédé à ce pouvoir.
J’ai mené une campagne sans merci, où ma démagogie n’avait d’égale que mon hypocrisie.
J’ai été un Dieu dont les adeptes buvaient goulûment les prophéties.
J’ai fait miroiter à la populasse un avenir aussi radieux qu’un matin de printemps.
Je leur ai susurré les paroles qui résonnaient depuis toujours dans leurs pensées chimériques.
J’ai fait couler dans leurs veines un sang plus rempli d’espoir que d’hémoglobine.
J’ai donné un goût à leurs vies insipides.

Dans ce même rêve, j’ai dit : « J’ai décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale ! », après le journal de 20h, alors que des millions de téléspectateurs étaient accrochés à leurs téléviseurs, attendant impatiemment mon discours.
J’ai également dit : « Qu’on le couvre d’or » en faisant ce geste de désinvolture impériale, et j’ai vu dans les yeux de cette personne, que j’ai daigné regarder, une reconnaissance infinie.
J’ai crié, du haut de ma monture: « Que tous les régiments soient prêts, nous attaquerons à l’aube ! », sous le regard angoissé mais déterminé de mon infanterie.

Je fus chronologiquement aimée, respectée, redoutée, et finalement haïe par un peuple dont chaque être n’avait constitué qu’une marche vers le trône.

Sans aucun scrupule, je n’ai tenu qu’une seule promesse de tous les mensonges que j’avais craché à leurs visages : celle de ne jamais les lâcher. Car j’étais là, et pour toujours.

Mon pouvoir était en place.

Stable, immuable, imperturbable…

J’y avais goûté, et je ne pouvais ni ne voulais m’en détacher.
Enivrée par ma gloire, je voulais faire de mon règne une latrie.
Plutôt mourir ou les faire tous mourir que me résigner à laisser ma place à autrui.
Me battre pour maintenir ma suprématie, c’est par instinct de survie que je le faisais.

A mon réveil, j’ai réfléchi.
J’ai manifestement l’âme d’un leader. Mais je suis de cette race de leaders qui représentent un vrai danger pour les libertés humaines.
Je serai animée par une motivation plus forte que veiller à la bonne marche de mon institution, celle d’exercer mon autorité, afin d’en tirer une autosatisfaction jouissive.

C’est ainsi.
Plus on en a, plus on en veut.
Plus on en veut, moins on peut s’en passer.
Plus on l’exerce, plus grande sera la domination… jusqu’à atteindre l’étouffement.
Étouffement d’une personne, étouffement d’un peuple.

Je suis bien mieux à ma place.
Me laisser accéder à un quelconque pouvoir causerait votre suicide, car je suis incontrôlable.


* citation de Maurice Barrès




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