Station Innocence, Terminus

Posté par orchea le 03/04/2006 à 05h47

Station Innocence, Terminus

 

Cela va faire bientôt 30 minutes qu’elle attend…
Comme à chaque jour, après avoir fini ses cours, elle parcourt les 500 mètres qui séparent son lycée de l’arrêt du bus. Là, elle attend… elle attend… elle attend…

Elle attend ce bus qui, une fois sur deux, ne s’arrêtera pas à la station. Ce bus bondé, qui contient parfois le triple de ce qu’il devrait contenir, qui penche dangereusement vers la gauche et dont des têtes dépassent des fenêtres et des portes comme du bétail en route vers l’abattoir.
Si elle a de la chance, il ne sera pas trop rempli aujourd’hui. Et elle pourra espérer être chez elle dans une heure.

Il arrive enfin… ça se précipite vers la porte. Et elle, toute menue, se fait écraser par une masse animée par le même but : monter à tout prix. Mais a-t-elle le droit de les blâmer ? Elle est comme eux, avec eux ?...

A l’intérieur, une chaleur étouffante, une atmosphère asphyxiante et une odeur nauséabonde de cigarettes bon marché imprégnée dans les vêtements, mélangée à un cocktail explosif d’odeurs corporelles.

Elle s’est habituée, ou du moins essaie… Elle avance, entraînée par le mouvement lent et irrégulier de la masse.

Des têtes de tous genres… la plupart, des ouvriers rentrant des chantiers, des maçons, des vieux aigris et d’autres échantillons de l’espèce humaine.

Elle continue d’avancer… et soudain elle ressent un contact étrange.
On lui colle de trop près. Elle bouge, mais ça se remet inéluctablement en place…
Elle se retourne.
Un homme d’une trentaine d’année. Il lui lance un regard d’une perversité à vous glacer le sang. C’est tout ce qu’elle verra de lui.

Il se rapproche encore et encore… elle sent sa main qui lui caresse les fesses et traverse son intimité, elle sent son organe qui se durcit à son contact.
Et elle ne peut dire un mot. Elle se tait. Elle a peur et ne sait comment réagir.
Elle est jeune, innocente. Elle l’était… Dorénavant, elle le sera moins.
Elle s’imagine se retournant et lui donnant une baffe. Non, elle ne peut pas ! Elle n’ose pas… Elle se tait et subit…
Son mutisme est un consentement pour son « violeur ». Il continue impunément à se livrer à ses petits plaisirs obscènes.

La file n’avance pas.

Indifférents, ils sont tous complices à ses yeux. Leur statisme a la délicatesse de se maquiller en impuissance. Personne ne voit, ne la voit. Tout ce petit monde est soudain frappé de cécité…

L’attente lui semble interminable.

Ca bouge enfin… elle se libère de se corps qui s’était imbriqué en elle.
Elle descend, les larmes aux yeux.
Elle a honte… et elle n’en parlera pas.
Elle le reverra, presque chaque jour, dans ce même bus. Il ne la reconnaîtra pas mais elle, elle n’oubliera jamais ce visage impassible et ce regard de vicelard.
Lui, se trouvera encore d’autres victimes et aura encore quatre érections avant d’arriver chez lui.
Le scénario se perpétuera…

Du bus de l'innocence, tout le monde finit par descendre un jour. L'arrêt est juste arrivé un peu plus vite que prévu pour elle…




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