Madame Naziha se cultive

Posté par orchea le 23/03/2006 à 05h42
Ah cette chère Madame Naziha…

Figurez vous qu’elle a changé. Oui, Madame Naziha a fini par comprendre que pour être encore plus « in », il ne faut pas paraître gourde ! Même si on l’est…
Elle a enfin décidé de prendre son avenir à deux mains et d’arrêter d’être la potiche de son mari dans ses cocktails, certes amusants, mais non moins routiniers.

Madame Naziha se passionne désormais pour l’Art.
A l’age de 57 ans, elle s’est soudainement découverte une passion déraisonnée pour la peinture. Un art bien choisi, puisque son talent est laissé à l’appréciation de chacun.
Madame a pris quelques cours de peinture avec un professeur particulier (je dirais même plus, très particulier) qui lui a appris des concepts de base, mais assez pour que Madame Naziha se sente désormais l’âme d’un Dali.

Madame Naziha peint ! Encore mieux, Madame Naziha expose, dans une galerie tunisienne très cotée de la banlieue où l’on peut admirer des tableaux aussi farfelus les uns que les autres, ce qui pourrait sûrement expliquer le prix exorbitant de ces œuvres de Maître.
Une femme en sari marchant dans une rue de Sidi Bou Saïd, une Nature Morte mais qu’on n’a vraiment pas du tout envie de réanimer, une forme humaine nue affalée sur une dormeuse, sa main lui tenant la tête, rêvant certainement à ces 40 kg en moins et d’autres tableaux d’une originalité qui laisse perplexe. Quelle imagination débordante !

Pour son vernissage, le tout Tunis a fait le déplacement. Car le tout Tunis a également compris que se retrouver au milieu de tableaux pour discuter mondanités, c’est plus en vogue !

Un défilé de voitures, de fausses blondes, a-t-on besoin de le préciser, artificielles, accompagnées de leurs portefeuilles à la moustache bien taillée, un cigare pendant a leur bouche, qui font aussi office de maris, ou pour celles, plus extraverties, d’amants.

Quelques toasts et des rafraîchissements pour rehausser une ambiance d’une superficialité qui frise le ridicule, et voilà notre Madame Naziha expliquant à ses chers visiteurs le traditionalisme post moderne du conservatisme néo constitutionnel de ses toiles (dans l’ordre que chacun désire, l’expression passe toujours).

Bien entendu, quand on est ami avec Madame Naziha, on achète ses tableaux. Même si on n’aime pas, on fait semblant d’aimer. Et plus c’est cher, plus ça vaut la peine d’être acheté.
Madame Naziha explique cela par la complexité de son tableau… Oui c’est dur de colorier à l’aquarelle sans dépasser les traits au crayon !

Madame Naziha se plaît à coller des étiquettes VENDU sur certains de ses tableaux, car plus ses visiteurs voient de tableaux vendus, plus ils ont envie d’acheter pour être aussi mondains que les mondains.

Le circuit d’achève par le livre d’or à la sortie sur lequel on griffonne des « Bravo Mme Naziha », « Beaucoup de talent » et autres expressions à faire jouir un impuissant.

Nos visiteurs rentrent enfin chez eux, 1000 DT en moins dans leurs comptes en banque, qui déjà n’en contenait pas tant (car rappelons le tout tunisien qui se respecte vit bien au dessus de ses moyens en cultivant le paraître), mais avec le sentiment d’avoir, le temps d’une exposition, côtoyé les hautes sphères de l’élite intellectuelle.
Quant à Madame Naziha, artiste peintre, elle repart avec ses dinars et l’illusion d’avoir marqué son nom dans la postérité.




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